Aliment sans céréales

Que penser des aliments “sans céréales” ?

La domestication du cheval et son exploitation par l’Homme à des fins guerrières ou agricoles a imposé le recours aux céréales pour des raisons énergétiques. Mais aujourd’hui, les céréales n’ont plus le vent en poupe.  On les dit en décalage avec l’alimentation naturelle du cheval et inadaptées à son système digestif. L’arrivée sur le marché d’aliments sans céréales répond donc à une attente des consommateurs. Mais d’un point de vue nutritionnel, le cheval en tire-t-il vraiment des bénéfices ?

Céréales, avantages et inconvénients

Les céréales ont  les défauts de leurs qualités, à savoir qu’elles sont très riches en amidon qui est un glucide complexe (ou sucre). Or, pas d’activité musculaire sans énergie glucidique et pas d’énergie glucidique sans amidon. Cependant, l’amidon en excès intervient dans le déclenchement de certaines maladies : ulcères gastriques, coliques, fourbures, myosites, Cushing etc. Par ailleurs, la teneur en protéines des céréales est moyenne avec des protéines de qualité médiocre. Côté matières grasses, elles sont trop riches en omégas 6 par rapport aux omégas 3, ce qui oriente le métabolisme des acides gras vers leur stockage et non vers leur utilisation à des fins énergétiques. Elles présentent également de réels déséquilibres en minéraux, oligo-éléments et vitamines. Par exemple, elles sont naturellement pauvres en calcium, ce qui ne permet pas de garantir un statut ostéo-articulaire optimal.

Conclusion : une mauvaise utilisation des céréales impacte la santé des équidés et leur utilisation en l’état ne suffit pas, à bien des égards, à couvrir leurs besoins nutritionnels. Mais pour autant, faut-il les écarter complètement de la ration du cheval moderne ? Rien n’est moins sûr…

L’appellation “sans céréales”, un vrai fourre-tout

Cette appellation n’est pas réglementée et la frontière étymologique du terme est assez floue, ce qui laisse le champ libre à toutes interprétations. Ainsi, selon les produits, on pourra trouver des germes de maïs ou des cosses d’avoine… Par ailleurs, il y a des différences notables d’un aliment à un autre. Vous en trouverez des versions très différentes et non équivalentes sur le marché :
  • Les flocons de foin ou autres granulés de luzerne : il s’agit en réalité de fourrage auquel on donne une présentation d’aliment.
  • Les correcteurs de fourrage : dans ce cas, il s’agit bien de l’équivalent d’un complément minéral et vitaminé (CMV) et non d’un « aliment » au sens conventionnel du terme.
  • Les “vrais aliments”: à l’inverse des deux précédents, il s’agit bien là d’aliments au sens où on l’entend. Ils sont peu énergétiques et souvent préconisés pour des chevaux malades ou à faible activité.

L’engagement énergétique d’un aliment

L’aliment que vous donnez à votre cheval en complément du fourrage doit tenir un engagement énergétique. Or, il y a trois manières complémentaires d’apporter de l’énergie à un cheval :

  • Les glucides, carburant des efforts courts et intenses imposés par le travail.
  • Les lipides, qui ont une disponibilité moins réactive pour l’organisme et sont utiles pour les efforts longs ou répétés dans le temps.
  • Les fibres (cellulose), qui sont libérées lentement mais qui présentent l’inconvénient d’être insuffisamment concentrée pour les efforts intenses

Si on veut fabriquer un vrai aliment sans céréales avec la densité d’un aliment classique, on est obligé de substituer l’énergie glucidique (sans les céréales, on a de fait moins d’amidon) par de l’énergie lipidique et des fibres. En faisant cela, on peut tenir un certain niveau énergétique  mais de fait, avec moins de glucides, on diminue nettement  le carburant des efforts courts. Cela convient donc à des chevaux ayant une petite activité (loisir, un peu de sport) mais c’est difficilement compatible avec des chevaux qui ont une activité sportive conséquente.

Le « sans céréales » est-il plus naturel ?

Les aliments “sans céréales” contiennent les ingrédients suivants :

  • Des fibres pour offrir un certain volume à l’aliment (même densité qu’un aliment classique) : de l’herbe hachée  par exemple, ou de la luzerne ou encore de la pulpe de betterave.
  • De la matière grasse, sous forme d’huiles ou de graines d’oléagineux. Le lin est particulièrement indiqué pour son excellent ratio omégas 6/omégas 3.
  • Des protéines : les graines de protéagineux et les tourteaux sont utiles.
  • Des additifs : des compléments minéraux, des oligo-éléments et des vitamines ; des levures.
  • Quelques “condiments” naturels pour la diversité alimentaire : pommes, carottes, herbes aromatiques, ail, etc

A dire vrai, ces ingrédients ne font pas partie de l’alimentation « naturelle » du cheval.  De plus, ils ne sont pas spécifiques aux aliments sans céréales puisqu’on les retrouve aussi dans des aliments classiques. Finalement, la seule alimentation valablement naturelle pour le cheval, c’est l’herbe à pâturer de quinze heures par jour, sur des surfaces non clôturées de plusieurs hectares …

Si les céréales utilisées en l’état ne peuvent pas, à elles seules en complément du fourrage, constituer une ration équilibrée, elles restent tout à fait intéressantes, notamment d’un point de vue énergétique, quand on les incorpore dans des proportions précises et qu’on y associe d’autres matières premières. Cette élaboration d’aliment complet nécessite la connaissance pointue du profil nutritionnel de chaque matière première par le fabricant d’aliments.

L’aliment sans céréales (à condition que ce ne soit pas du foin en granulé ou un CMV) peut être utilisé pour des situations précises : chevaux ayant une activité physique restreinte, chevaux allergique à une céréale (même si c’est rare), chevaux avec des troubles métaboliques.

L’important pour vous est d’être curieux et de vous servir de votre esprit critique pour faire la différence entre ce qui relève plutôt d’une approche marketing et ce qui présente réellement un intérêt nutritionnel pour votre cheval.

Marine Slove,

Vétérinaire et nutritionniste Destrier