L’avoine, entre mythe et réalité

Les besoins énergétiques des chevaux se sont développés au fur et à mesure de l’exploitation du cheval par l’Homme pour la guerre ou les travaux des champs, puis pour le sport. Peu à peu, les céréales se sont imposées car elles permettaient d’augmenter la valeur énergétique et protéique de la ration en complément du fourrage. En outre, l’ingestion des céréales est plus rapide que celle du foin et l’exploitation du cheval par l’homme nécessitait de réduire la durée des repas pour gagner du temps. En France, la céréale la plus distribuée aux chevaux reste l’avoine. Sur quoi repose cette pratique : sur des mythes ou sur une réalité fondée ?

L’avoine a été historiquement choisie parmi toutes les céréales pour ses qualités nutritionnelles.

 Mythe. Lorsqu’on a commencé à distribuer de l’avoine aux chevaux, les moyens d’analyse biochimiques n’existaient pas encore. Par conséquent, ce n’est pas pour ses qualités nutritionnelles que l’avoine s’est retrouvée en tête des céréales pour l’alimentation équine. Les raisons sont en fait économiques et logistiques. Comme  il  s’agissait  d’un  grain  tendre,  elle  ne  nécessitait  pas  de  traitement  particulier  avant  d’être  donnée, ce qui en facilitait l’usage. De plus, les humains mangeaient peu d’avoine, ce qui permettait de la réserver  aux  animaux,  sans  concurrencer  l’alimentation  humaine.  Enfin,  étant  peu  exigeante,  elle  était  produite pour un prix raisonnable.

Et un peu réalité. En revanche, lorsqu’on a pu analyser les céréales, on s’est aperçu que l’avoine présentait tout de même de sérieux avantages par rapport au blé, au maïs ou à l’orge. En effet, l’avoine entière est plus riche en fibres (notamment cellulose) que les autres céréales car son grain est habillé de glumelles. Elle contient également moins d’amidon, ce qui limite les troubles digestifs (ulcères, coliques etc). Elle est relativement plus riche en matières grasses que les autres céréales et contient une quantité modérée de protéines. Finalement, dans le cas de l’avoine, les pratiques empiriques se sont avérées plutôt bonnes.

L’avoine est une panacée nutritionnelle

Mythe. L’avoine présente globalement les mêmes inconvénients que les autres céréales (avec tout de même quelques variations). Leur défaut majeur (qui est aussi ce qui justifie leur distribution), c’est leur grande richesse en amidon. L’excès d’amidon est responsable d’un certain nombre de pathologies, nous y reviendrons plus bas. Sa teneur en protéines, essentielles à la synthèse des tissus, est relativement faible et leur efficacité alimentaire est moyenne. Côté matières grasses, les céréales sont trop riches en omégas 6 par rapport aux omégas 3, ce qui oriente le métabolisme des acides gras vers leur stockage et non vers leur utilisation à des fins énergétiques. L’avoine présente de réels déséquilibres en micronutriments (minéraux, oligo-éléments et vitamines). Par exemple, elle est pauvres en calcium et riches en phosphore (déséquilibre du rapport phospho-calcique), ce qui ne permet pas de garantir un statut ostéo-articulaire optimal.

                Attention, cela ne veut pas dire que l’avoine est à bannir de la ration du cheval. Nous l’avons vu, elle présente l’avantage d’augmenter le niveau énergétique de la ration pour des chevaux utilisés pour le sport et a plus de bénéfices nutritionnels que les autres céréales. De plus, son grain tendre est appétent. Tout est donc ici question de dose.

L’avoine a des propriétés énergisantes sur les chevaux.

Mythe. Au XIXème siècle, on a commencé à dire que l’avoine avait la propriété de donner de la vigueur aux chevaux grâce à une mystérieuse substance qu’on a appelé « l’avénine ». Un mythe était né ! Un mythe qui a la vie dure car de nos jours, on attribue encore à l’avoine des propriétés stimulantes sur le système nerveux central alors que les techniques modernes de nos laboratoires n’ont jamais pu mettre en évidence cette substance. Son existence n’a donc pas été prouvée à ce jour. Quant à l’avoine noire qui serait plus échauffante que l’avoine blanche, cela non plus n’a jamais pu être démontré.

L’avoine est responsable de pathologies et d’allergies

Réalité. L’amidon contenu dans l’avoine, lorsqu’il est ingéré en excès, favorise l’apparition de certaines pathologies : ulcères gastriques, coliques digestives, fourbures, et joue comme facteur déclencheur ou aggravant pour des maladies comme les myosites ou les maladies métaboliques (Cushing, Syndrome métabolique équin). Il convient donc de maîtriser l’apport quotidien d’avoine afin de ne pas dépasser les 200 g d’amidon/100 kg de poids par jour (soit 1000g d’amidon par jour pour un cheval de 500 kg), voire la moitié de cette dose pour un cheval particulièrement sensible [1]. Cette dose correspond en moyenne à 5,3 L d’avoine (1).

Mythe ? On reproche également parfois à l’avoine de provoquer des allergies. Il faut savoir que même si on ne connaît pas exactement le taux d’allergiques dans la population équine, on estime que ce chiffre est faible. De plus, les études montrent que la fiabilité des tests sanguins de détection d’allergies alimentaires utilisés sur le marché est très discutable [2]. Rien, en l’état actuel des connaissances, ne permet aujourd’hui d’affirmer que l’avoine présente un risque allergique élevé pour le cheval.

L’avoine fait briller le poil

Réalité. L’avoine est plutôt bien pourvue en lipides, c’est à dire en matières grasses et particulièrement en un acide gras essentiel en particulier (qu’on appelle oméga-6 ou acide linoléique) qui favorise la santé et l’intégrité de la peau, des poils et de la corne. On peut donc conjecturer que l’avoine donne au poil un aspect plus luisant. Attention à ne pas faire de raccourci : un régime trop riche en céréales pourra donner au cheval une belle robe brillante alors même que la ration est déséquilibrée. Le propriétaire sera alors induit en erreur sur la qualité de sa ration : ce que l’œil voit n’est pas toujours le reflet de la réalité.

Si l’avoine utilisée en l’état ne peut pas, à elle seule en complément du fourrage, constituer une ration équilibrée et couvrir les besoins nutritionnels du cheval moderne, on peut tout à fait la rendre intéressante en l’incorporant dans des proportions précises et en l’associant à d’autres matières premières et compléments. Cette élaboration d’aliment complet nécessite bien entendu une connaissance pointue du profil nutritionnel de chaque matière première et c’est là que l’expertise du fabricant d’aliment intervient.

  • Donnée Destrier : extraction matricielle sur 5 ans, de 2014 à 2018

Bibliographie :

 [2] Luthersson et al., “Risk factors associated with equine gastric ulceration syndrome in 201 horses in Denmark”, Equine Vet. J., 41 (7), 625-630, 2009

[1] Dupont, S. et al. “A commercially available immunoglobulin E-based test for food allergy gives inconsistent results in healthy ponies”, Equine Vet. J., 2014