La luzerne : plante miracle ou ingrédient dangereux ?

La luzerne est une plante légumineuse qui pousse en région tempérée. Elle est utilisée pour faire du foin de luzerne et on l’incorpore fréquemment dans des aliments complémentaires de fourrage. Certains ne jurent que par elle, en faisant presque un « aliment miracle » aux excellentes propriétés nutritionnelles tandis que d’autres l’accusent d’être à l’origine de pathologies comme les coliques ou les diarrhées. Comment alors démêler le vrai du faux ? Faisons le point sur les bénéfices nutritionnels de cet ingrédient controversé de la ration du cheval.

Quelles différences entre le foin « normal » et le foin de luzerne ?

Une provenance différente

La différence entre les foins est d’abord botanique, c’est-à-dire liée aux espèces de plantes dont ils proviennent. En effet, le foin est issu de l’herbe fauchée et séchée qui peut contenir des espèces de plantes multiples et variées. On réunit sous le terme unique de « foin » des fourrages qui proviennent d’une prairie naturelle (on parle alors de « foin de pré ») ou de graminées sélectionnées et semées (comme le « ray grass » par exemple).

Quant au foin de luzerne, il provient comme son nom l’indique de la « luzerne », plante légumineuse vivace qui pousse en région tempérée.Il entre donc dans la catégorie des foins semés de légumineuses et a une composition nutritionnelle propre qui découle de sa provenance.

Des apports nutritionnels différents

Les apports nutritionnels d’un foin quel qu’il soit varient fortement en fonction des espèces végétales qui le composent et le moment de sa coupe. Il existe donc des foins plus ou moins nutritifs. Si on compare un foin de pré moyen avec du foin de luzerne, on s’aperçoit que la valeur énergétique est pratiquement la même. En revanche, la teneur en MADC (protéines digestibles) est environ deux fois plus élevée et la teneur en calcium trois fois plus élevée pour un foin de luzerne que pour un foin de pré.

En outre, le foin de luzerne est globalement plus stable dans sa composition que le foin de pré. Par contre, il est plus fragile car les protéines se concentrent dans les feuilles de luzerne qui peuvent tomber avec le vent. Il ne reste alors que les tiges, pauvres en protéines. Un  « mauvais » foin de luzerne peut donc contenir moins de protéines qu’un bon foin « normal ».

Pourquoi cette différence en protéines ? Parce que la luzerne a une particularité : elle vit en symbiose avec des bactéries qui sont capables de fixer l’azote atmosphérique. Ainsi, comme la plante récupère l’azote de l’air, source inépuisable, elle peut synthétiser une grande quantité de protéines. Les graminées comme le ray grass ne peuvent, quant à eux, compter que sur le sol pour se fournir en azote, ce qui limite leur production de protéines.

Foin de luzerne : avantages et inconvénients pour la santé du cheval ?

Aussi étonnant que cela puisse paraître, ce sont les mêmes facteurs nutritionnels, à savoir la richesse en protéines et en calcium, qui expliquent à la fois la bonne et la mauvaise réputation du foin de luzerne.

En effet, la nutrition équine se montre très méfiante en ce qui concerne les excès de protéines car le cheval est réputé mal les tolérer. On les rend souvent responsables de fermentations indésirables dans le côlon ainsi que d’une fatigue hépatique et rénale. Cet état de fait, plus établi en France qu’ailleurs dans le monde, est pourtant de plus en plus contesté par la communauté scientifique. En effet, la bibliographie apporte très peu de preuves concernant les effets d’une consommation excessive de protéines chez les équidés. On a longtemps considéré, sans réelle preuve scientifique, que les diarrhées et les coliques survenant lors de la mise au pâturage étaient dues à la richesse en protéines de l’herbe de printemps. Sauf que cette herbe est également riche en fructanes, qui sont des sucres qui ne sont pas dégradés avant d’arriver dans le gros intestin et qui, lorsqu’ils sont consommés en trop grande quantité, sont à l’origine des maladies observées. Aujourd’hui, la moindre importance des excès de protéines par rapport aux excès de glucides facilement fermentescibles sur les fermentations indésirables et les pathologies qui en découlent a été largement démontrée. Pourtant, la mauvaise réputation des excès protéiques perdure…

Pour ce qui est du calcium, on sait qu’en excès, il peut bloquer l’assimilation d’oligo-éléments comme le manganèse, le zinc, le fer et le cuivre, si le rapport phosphocalcique (Ca/P) passe au-dessus de 3. Cependant, si on raisonne en ration globale, il est relativement aisé de maîtriser les quantités de calcium et de phosphore apportées par tous les constituants de la ration et de se prémunir des éventuels effets délétères d’un excès. Comment  utiliser le foin de luzerne ?

Si on remplace le foin de pré par du foin de luzerne à poids égal, on augmente considérablement l’apport en protéines (et en calcium). Même si tout tend à montrer que les chevaux tolèrent bien les excès de protéines, on peut tout de même, en l’absence de recommandations précises, rester prudents à l’égard des chevaux qui présentent une sensibilité digestive particulière ou qui ont une pathologie préexistante.

Si par ailleurs on remplace le foin de pré par du foin de luzerne à apport protéique constant, il faudrait en donner beaucoup moins et donc diminuer l’apport énergétique et la teneur en fibres de la ration. De plus, cela altèrerait le bien-être du cheval qui a besoin de s’alimenter en continu avec des fibres longues et cela limiterait l’hygiène digestive globale.

La solution pour ceux qui souhaitent utiliser le foin de luzerne est donc probablement à mi-chemin entre les deux, avec une ration qui contienne une partie de foin de pré et une partie de foin de luzerne. Un aliment adapté peut être utilisé en complément.

Quel lien avec les pathologies liées à l’alimentation ?

Les causes des maladies liées à l’alimentation chez le cheval sont de mieux en mieux connues. Notamment, on sait que l’amidon et les sucres simples contenus dans les céréales sont responsables de fermentations dans le gros intestin. Ces fermentations sont à l’origine d’acidoses intestinales, ce qui provoque des coliques et des diarrhées. En revanche et même si cette croyance est persistante, l’implication d’un éventuel excès de protéines dans ces pathologies n’est pas à ce jour clairement démontrée

En outre, ces mêmes sucres sont également responsables de fermentations acides dans l’estomac. Cet excès d’acidité est responsable de la formation des ulcères gastriques. Certains aliments ont, par leur composition biochimique, une capacité plus importante que d’autres à limiter l’acidité gastrique : on appelle cela le « pouvoir tampon ». La luzerne est l’une des matières premières végétales utilisées en alimentation équine qui a le plus fort pouvoir tampon, probablement grâce à sa richesse en protéines et en calcium. Par conséquent, son utilisation pourrait être intéressante pour limiter la baisse du pH gastrique et les ulcères de la muqueuse squameuse.

Luzerne  et  aliments chevaux

Les vertus nutritionnelles de la luzerne sont connues de longue date par les fabricants d’aliments. C’est la raison pour laquelle elle est présente dans la plupart des aliments pour chevaux. Chez Destrier, une luzerne 17 spéciale cheval d’origine française est incorporée dans la quasi-totalité de la gamme à un taux qui peut monter jusqu’à 37%. Sa teneur en protéines est garantie à hauteur de 17 % en MS (=matière sèche) et elle est contrôlée pour ce qui concerne les éventuels résidus dopants. En effet, la luzerne est une matière première à risque pour la morphine qui est une molécule présente dans le pavot et l’œillette. Il convient donc de vérifier que la luzerne utilisée provient bien de cultures non contiguës à ces deux plantes à risque et qu’elle est bien exempte de cette substance. C’est le rôle de la « Garantie Or Destrier », procédure de contrôle qui garantit aux propriétaires de chevaux l’absence de résidus naturels dopants dans l’aliment.

Si la luzerne est utilisée depuis longtemps dans les aliments pour chevaux pour ses apports en protéines, en fibres et en calcium, ses atouts sont encore trop peu utilisés en nutrition équine, surtout en France où les croyances ont la vie dure et où elle ne jouit pas d’une aussi bonne image qu’ailleurs dans le monde.

Ressources documentaires :