Quatre mauvaises raisons d’utiliser un mash

Le mash est un aliment humide, très digestible, issu de la cuisson de différents ingrédients (souvent graines de lin, flocons de céréales, son de blé, sel, mélasse et carbonate de calcium). Il peut être « fait maison » ou acheté dans le commerce et donc « prêt à l’emploi ». C’est un aliment traditionnel utilisé empiriquement depuis des décennies dans l’alimentation des chevaux. C’est sûrement pour cette raison que les idées reçues le concernant ont la vie dure ! Voyons quelles sont les raisons inutiles ou néfastes de l’utiliser :

1.     Comme aliment santé qui aide à la digestion

On entend souvent que le mash repose le système digestif. En réalité, cela dépend des matières premières utilisées et de la quantité distribuée. Quand il contient des graines de lin, qui sont naturellement riches en mucilages (fibres solubles visqueuses), leur fermentation dans le gros intestin crée un appel d’eau et permet l’humidification des crottins. Cela a pour conséquence de favoriser le transit. Le son de blé a également un effet laxatif mais dans une moindre mesure.

La quantité distribuée a aussi une grande importance car les mash sont très riches en flocons de céréales et donc en amidon (en moyenne 400 à 500 g d’amidon/kg). Distribués en excès, ils peuvent donc occasionner des troubles digestifs.

2.     Comme aliment diététique

On entend par là que le mash constitue un repas léger, pauvrement énergétique et qui ne fait pas grossir. L’image du « muesli sain et équilibré » s’impose à notre esprit. En réalité, le mash est très riche en énergie glucidique, c’est-à-dire en sucres (rappelons que l’amidon est un sucre complexe). Il ne peut donc constituer un repas « léger » que s’il est distribué en quantité raisonnée et qu’il remplace une ration d’aliment classique plus énergétique. Chez un cheval très sollicité (athlète de haut niveau ou cheval de course), 2L d’un mash  classique sont à l’évidence moins énergétiques que la ration habituelle mais chez un cheval de sport amateur, ce n’est pas forcément le cas et chez un cheval de loisir encore moins.

3.     Pour les chevaux présentant des sensibilités digestives

On lui prête des vertus apaisantes pour les chevaux souffrant d’ulcères ou de coliques récidivantes. S’il est utilisé les jours de repos du cheval pour s’ajuster sur la baisse des besoins énergétiques et donc que la quantité d’énergie glucidique qu’il apporte est plus faible qu’un jour normal, c’est en effet bénéfique pour les chevaux présentant des sensibilités digestives (qui ont du mal à digérer les sucres). En revanche, il n’a aucune action directe sur ces pathologies digestives et redisons-le : distribué en trop grande quantité, il a tendance à déstabiliser le microbiote du gros intestin et donc plutôt à favoriser l’apparition de ces pathologies.

4.     Pour ses vertus émollientes et rafraîchissantes

On trouve souvent ces termes pour vanter les mérites des mash « prêts à l’emploi ». Pourtant, ils n’ont pas beaucoup de sens, du moins scientifiquement parlant. « Emollient » signifie « qui relâche les tissus » au sens médical du terme et « adoucissant » au sens classique du terme. Aucune de ces caractéristiques n’est vraie pour le mash. Quant au côté « rafraichissant », il fait peut-être référence aux propriétés réhydratantes du mash mais le terme reste flou.

Mais alors, à quoi sert le mash ?

Nous avons en réalité très peu d’informations scientifiques concernant l’utilité et les vertus du mash sur la digestion du cheval mais la première indication de distribution est la reconstitution des réserves en glycogène musculaire (réserves énergétiques) qui ont été utilisées lors d’un effort sportif soutenu. De plus, il présente l’avantage de favoriser l’hydratation car les flocons ont la propriété de se gorger d’eau, ce qui permet au cheval d’ingérer un contenu hydraté. C’est pourquoi on l’utilise le soir ou le lendemain d’un retour de compétition, surtout si le cheval a beaucoup transpiré.

Quelles autres indications existent ?

Lorsqu’il remplace un repas de concentrés, le mash peut être utilisé  au retour d’une compétition, le jour de repos hebdomadaire, les jours de transport par temps chaud ou de grosses chaleurs ou encore les jours de temps très froids. En effet, le froid a tendance à limiter l’abreuvement spontané or le mash, lui, favorise l’hydratation. De plus, les chevaux apprécient d’avaler quelque chose de tiède.

Il peut aussi être utilisé en tant que seule alimentation concentrée (à condition d’être équilibré, distribué en quantité maîtrisée et sur une période restreinte). Les indications sont alors variées :

  • Lors de la reprise de l’alimentation concentrée après une longue convalescence au fourrage
  • Pour des chevaux qui ont du mal à boire (compétition entre individus à l’abreuvoir, défaut de points d’abreuvement etc)
  • Pour des chevaux qui présente des problèmes dentaires et ont donc des difficultés à mastiquer
  • En cas d’appétit médiocre ou de reprise d’état (pour des chevaux amaigris)
  • Pour des chevaux allergiques à la poussière des aliments secs car l’eau permet d’agréger les particules.

Quelles précautions d’usage ?

D’abord, le mash doit toujours être utilisé en complément de fourrages. Ensuite, il est important de restreindre son utilisation aux indications évoquées et donc entre autres aux chevaux qui pratiquent une activité sportive intense. Il n’y aucune raison de l’utiliser de manière récurrente pour des chevaux ayant une activité légère à modérée.

S’il est utilisé en substitution d’un repas de concentrés, il ne doit pas l’être plus d’une fois par semaine pour des chevaux sollicités et plus de deux fois par semaine pour les chevaux très sollicités (athlètes de haut niveau et chevaux de courses)

En outre et pour des raisons sanitaires, il est préférable de l’utiliser au maximum dans les 24h suivant la préparation.

Mash fait maison ou mash prêt à l’emploi ?

Lorsqu’il est « fait maison », le mash présente l’avantage de contenir exactement ce que vous souhaitez. De plus, la cuisson longue des céréales permet d’en augmenter la digestibilité. En revanche, d’un point de vue pratico-pratique, le mash « prêt à l’emploi » est incomparable puisqu’il est rapide à préparer et ne nécessite pas de matériel particulier. De plus, il permet une excellente sécurité d’emploi d’un point de vue sanitaire. Le choix de l’un ou l’autre se fait donc en fonction des attentes et des contraintes de chacun.

Le mash est donc un aliment potentiellement intéressant par sa digestibilité et sa teneur élevée en eau, à condition d’être utilisé à bon escient. En effet, il est encore trop souvent distribué dans des quantités trop importantes et/ou avec une fréquence trop élevée. Des bonnes pratiques de distribution sont donc essentielles à son efficacité.

Bibliographie : 

G. Blanchard, Du bon usage du mash dans l’alimentation du cheval, Pratique Vétérinaire Equine, 2006 – Vol 38, n°151