Améliorer l’alimentation et la qualité de vie du cheval Cushing

La maladie ou syndrome de Cushing est une maladie endocrinienne, c’est-à-dire causée par un dérèglement hormona,  qui touche plus d’un quart des chevaux âgés de quinze ans et plus. Elle se développe très progressivement et il peut s’écouler plusieurs années avant que des signes cliniques évocateurs n’attirent l’attention. Pourtant, une prise en charge précoce, qui passe aussi par l’alimentation, permet d’améliorer la qualité de vie et la santé du vieux cheval.

Une maladie de plus en plus fréquente

            Il s’agit d’une pathologie hormonale dégénérative à évolution lente qu’on rencontre de plus en plus fréquemment chez le vieux cheval. En effet, ces vingt-cinq dernières années ont vu l’amélioration des soins médicaux, ce qui a provoqué une forte augmentation du nombre de chevaux âgés et donc des cas de Cushing. La grande majorité des chevaux atteints ont plus de 15 ans et la moyenne se situe vers 20 ans. On considère aujourd’hui que la maladie touche environ 25 à 30% des chevaux âgés de plus de quinze ans !

Un mécanisme bien connu

Chez le cheval, cette maladie résulte d’un  dysfonctionnement de l’hypophyse. L’hypothalamus et l’hypophyse sont deux glandes situées dans le cerveau. Chez un cheval normal, l’hypothalamus contrôle la production d’hormones libérées par l’hypophyse, grâce à la sécrétion de dopamine. La maladie de Cushing est la conséquence d’une dégénérescence de l’hypothalamus qui ne peut plus assurer son rôle de régulateur. L’hypophyse se met alors à grossir et la dégénérescence de ses neurones entraîne une réaction en chaîne qui aboutit à une surstimulation des glandes surrénales et donc à une augmentation de la production de « cortisol » (hormone du stress). Or, ce dernier influence le métabolisme du glucose, des protéines, des lipides mais aussi la régulation de l’immunité.

Schéma

Quels sont les symptômes ?

Les symptômes de la maladie sont directement corrélés à son mécanisme d’action. Ils sont nombreux et relativement faciles à identifier. Parmi eux, on peut citer :

  • Hirsutisme : le cheval présente un poil anormalement long et frisé quelle que soit la saison. Dans les cas plus précoces, on peut observer un retard de mue, une mue incomplète ou la décoloration des poils. Ce symptôme est présent dans la quasi-totalité des cas et aucune autre maladie (hormis la malnutrition) n’est à l’origine d’un tel symptôme chez le cheval ;
  • Sudation excessive : ce symptôme peut être la conséquence de l’hirsutisme mais peut aussi être lié à un accroissement du métabolisme s’il persiste après la tonte ;
  • Episodes récurrents de fourbures : on n’en connait pas le mécanisme précis mais on suppose que l’altération du métabolisme du glucose provoquée par le Cushing provoquerait des anomalies de microcirculation dans le pied. L’ennui, c’est qu’il est facile de passer à côté de ce symptôme. En effet, la sécrétion excessive de bêta-endorphines (molécule naturelle qui a un effet analgésique et procure même une sensation de bien-être) engendrée par la maladie diminue la douleur ;
  • Soif intense : le cheval boit beaucoup et donc urine beaucoup. Ce symptôme est présent dans un tiers des cas mais il est assez dur à objectiver ;
  • Léthargie : le cheval semble triste et fatigué ;
  • Changement de silhouette : un amaigrissement et une fonte musculaire sont visibles, notamment sur la ligne du dos, ce qui peut être facilement confondu avec une amyotrophie liée à l’âge. On observe aussi une perte de tonus de la sangle abdominale : on appelle ça un “abdomen penduleux”. De plus, des dépôts de graisse peuvent apparaître au niveau des salières, du chignon, au-dessus de la queue ou en région périnéale.
  • Baisse d’immunité : le cheval devient plus sensible à des maladies dites opportunistes, comme des infections cutanées (teigne), des parasites, des abcès de pieds, des pneumonies etc. Malheureusement, ces infections peuvent passer inaperçues à cause des bêta-endorphines.

Ces signes cliniques peuvent être confondus avec un vieillissement normal du cheval. En cas de doute, il est préférable de demander l’avis de son vétérinaire traitant qui pourra effectuer un examen clinique et des analyses sanguines et mettre en place un traitement adapté le cas échéant.

Les clefs d’un programme alimentaire adapté à la maladie

Le cortisol, produit en trop grande quantité chez un cheval malade influence le métabolisme du glucose, des protéines et des lipides : il est donc indispensable de mettre en place une alimentation adaptée. De plus, l’immunité étant altérée, il est important de sécuriser les apports alimentaires afin de limiter l’apparition des complications. La complication la plus handicapante et dangereuse à prendre en compte est sans doute la fourbure chronique.

L’objectif est donc de maintenir le cheval en état tout en diminuant les risques de fourbure. Pour ce faire, il convient de maîtriser les apports énergétiques, notamment l’apport en glucides, sans toutefois carencer le cheval. Il est donc essentiel de donner une quantité raisonnable d’aliment (voire de le supprimer si le cheval est en surpoids) et de sécuriser les apports en micronutriments par un complément minéral vitaminique (CMV), notamment pour renforcer l’immunité. Il est également important de nourrir avec un foin récolté tardivement, contenant moins de 10% de glucides solubles (une analyse de foin peut être effectuée). Il est possible de tremper le foin pour en diminuer la teneur en sucres (5 à 10h de trempage). Enfin, il est préférable de réduire la surface et/ou le temps de pâturage pendant les périodes critiques (printemps et automne où l’herbe est riche en sucres).

Comment améliorer la qualité de vie d’un cheval atteint ?

En plus d’une alimentation équilibrée, il est important de :

  • Vermifuger plus souvent le cheval atteint en mettant en place un planning de vermifugation personnalisé avec le vétérinaire ;
  • Vacciner deux fois par an au lieu d’une ;
  • Offrir une bonne hygiène de vie : box propre, affaires propres, confort etc ;
  • Curer régulièrement les pieds et le faire parer ou ferrer selon ses besoins pour éviter au maximum les abcès ;
  • Tondre si le cheval présente de l’hirsutisme ;
  • Couvrir quand il fait froid ;
  • Faire régulièrement passer le dentiste pour contrôler la dentition et l’absence d’infections bucco-dentaires.

D’une manière générale, il convient d’être plus vigilant et d’appeler le vétérinaire dès qu’un symptôme anormal apparaît.

La maladie de Cushing est une pathologie dont le cheval ne peut guérir. Si elle n’entraîne que rarement la mort, elle réduit drastiquement la qualité de vie du cheval atteint et peut conduire à l’euthanasie en fin de vie, à cause d’infections récurrentes ou de fourbure chronique. Une alimentation adaptée assure une bonne hygiène digestive au cheval et permet de prévenir l’apparition des complications liées à la maladie.

Marine Slove,

Vétérinaire et nutritionniste  Destrier