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La mélasse : bon ou mauvais ingrédient ?

La mélasse est un coproduit de la fabrication du sucre qui peut provenir de deux plantes différentes : la betterave sucrière ou la canne à sucre. Pour obtenir le sucre, on presse la canne ou la betterave pour obtenir un jus. Ensuite, on cuit ce jus pour en extraire le saccharose. La mélasse est le résidu sirupeux qui reste à l’issu de cette cuisson. Incorporée depuis toujours dans les aliments chevaux, cet ingrédient soulève parfois des interrogations. Nous vous proposons un vrai/faux pour vous aider à y voir plus clair.

La mélasse est un mauvais ingrédient puisque l’Homme n’en consomme pas

FAUX.

Ce n’est pas un produit très consommé en France (contrairement aux Pays Anglo-Saxons) mais vous en avez déjà mangé quand même. Elle est présente dans certains pains d’épices. Elle sert également à parfumer des sauces aigres-douces comme la sauce Worcestershire®. Elle présente pour nous l’avantage d’être moins calorique que le sucre blanc et d’être plus “parfumée”, ce qui fait qu’on a tendance à en mettre moins. Seule la mélasse de canne est utilisée en consommation humaine, et ce pour des raisons gustatives (la mélasse issue de la betterave étant moins “aromatisée”).

Le cheval ne peut pas digérer le sucre contenu dans la mélasse

FAUX.

La mélasse contient une majorité de sucres (59 à 70% de la matière sèche). Le sucre principal est le saccharose, qui est une molécule composée à la fois de glucose et de fructose. Ces glucides sont dit hydrolysables, c’est à dire que le cheval dispose de tout l’arsenal enzymatique pour digérer les glucides solubles (= “sucres”). D’ailleurs, des ingrédients courants de la ration contiennent des glucides : l’herbe (notamment l’herbe de printemps) le foin (dans une moindre mesure) et les céréales. Le système digestif du cheval est capable de digérer différents types de sucres, grâce à des enzymes dans l’intestin grêle (saccharose, fructose) et par l’intermédiaire de sa flore microbienne dans le gros intestin (fructanes). Si la digestion des sucres est possible, il convient tout de même de les apporter en quantité maîtrisée. C’est un peu comme le sucre que vous ajoutez dans votre yaourt : tant que vous êtes raisonnable et cohérent par rapport à vos apports alimentaires journaliers, il n’y a pas de risque pour votre santé. Pour vous donner une idée, en équivalent sucre, la mélasse contenue dans 3L de Destrier OPTIMUM pour un cheval de 500 kg équivaut à 1 sucre pour un homme adulte de 75 kg.

La mélasse est utilisée pour améliorer la tenue des granulés et floconnés

VRAI.

La consistance caramélisée de la mélasse lui confère des propriétés liantes qui aident à la granulation des aliments. Pour les granulés, elle est directement incorporée dans le mélange pour améliorer leur tenue. Cela limite la formation de ce qu’on appelle les “fines”, c’est à dire la farine d’aliment qui se forment dans le sac et qui peuvent faire tousser les chevaux lorsqu’ils les inhalent. Pour les floconnés (ou certains granulés), de la mélasse peut être ajoutée en enrobage. Dans ce cas, elle a une propriété supplémentaire car elle favorise l’appétence.

La mélasse est utilisée pour masquer le mauvais goût de matières premières de mauvaise qualité

FAUX.

Comme nous, le cheval est sensible au goût sucré. Il possède d’ailleurs le même récepteur que nous pour ressentir la sensation du “sucré” lorsqu’il mange ! Par conséquent, il est tout à fait capable de ressentir le bon goût de la mélasse.

Pour autant, tout est une question de dose et normalement (si la mélasse n’est pas incorporée en excès), il n’y a pas assez de mélasse pour que le goût sucré soit capable de masquer le goût de matières premières inappétentes. Imaginez votre bol de céréales du matin dont les constituants seraient moisis. Il faudrait une quantité tout à fait déraisonnable de sucre pour que vous puissiez l’avaler sans sourciller ! Pour vous rassurer, rien de plus simple : vous êtes équipé des mêmes récepteurs au goût sucré que les équidés alors goûtez vos granulés. Vous vous rendrez tout de suite compte que le sucré n’est pas du tout le goût qui l’emporte.

La mélasse peut provoquer des ulcères gastriques et des diarrhées

VRAI.

Si la mélasse est en quantité excessive, elle peut provoquer des troubles digestifs. Comme d’autres sucres (amidon des céréales notamment), ceux de la mélasse sont métabolisés dans l’estomac en acides gras volatils, ce qui entraîne une acidification dans l’estomac, facteur favorable à l’apparition des ulcères gastriques. En outre, la mélasse est riche en potassium (particulièrement la mélasse de betterave) qui est un des ions impliqué dans les processus qui régulent la pression des liquides physiologiques du cheval. L’excès de potassium attire l’eau dans le tube digestif et a un effet laxatif, ce qui peut provoquer des diarrhées. Il s’agit donc là encore d’une question de quantité.

La mélasse – comme le sucre pour nous – n’est donc pas un ingrédient dangereux pour la santé du cheval lorsque le taux d’incorporation dans l’aliment est raisonnable et maîtrisé. Et c’est là que notre expertise en tant que fabricant d’aliment intervient. Pour les granulés, ce sont ses vertus techniques qui sont exploitées puisque la mélasse permet de limiter la formation de fines et leurs désagréments pour le cheval. Pour ce qui est des aliments pour lesquels elle est ajoutée en enrobage (floconnés notamment), ses propriétés «gustatives» (appétence) ne sauraient jouer un rôle de cache-misère mais servent à favoriser la prise alimentaire.

Bibliographie :

[1] M. Bernard. et al., Synthèse sur : la mélasse, Comité Nationale de Coproduits, 1991

[2] L. Briand, Que sait-on du sens du goût chez le cheval ?, Congrès Lab To Field 2018